Comment relancer un locataire en retard de paiement sans dégrader la relation ?
Le loyer n'est pas arrivé à la date prévue, alors avant de penser à la procédure, il faut se focaliser sur la méthode. La grande majorité des retards se règle en quelques jours, sans un courrier recommandé, sans un commissaire de justice, sans le tribunal. Pour cela, il suffit de réagir vite, avec le bon ton et la bonne trace écrite.
En 2026, la loi du 6 juillet 1989 n'impose pas un délai minimum avant d'agir. Elle impose par contre un ordre logique avec une relance amiable, une lettre de mise en demeure, un commandement de payer. Brûler les étapes ne vous avance pas, car un juge qui constate l'absence de tentative amiable sérieuse est moins enclin à vous donner raison rapidement.
J+1 à J+5 : le contact informel, rapide et sans pression
Le SMS ou l'appel téléphonique
Dès le premier jour de retard, un SMS ou un appel est amplement suffisant. La plupart des retards à ce stade s'expliquent par un oubli, un délai bancaire ou un virement mal paramétré. Un message simple fait souvent l'affaire :
"Bonjour, le loyer de [mois] ne m'est pas encore parvenu. Pouvez-vous vérifier de votre côté ?"
Ce ton non accusateur laisse une porte ouverte et vous donne une première réponse sur la nature du problème. Un locataire de bonne foi répond dans les 24 heures. Un locataire face à une difficulté financière hésite, mais finit par s'expliquer. Un locataire de mauvaise foi ne répond pas et vous le savez dès J+3.
Notez tout, dès le premier contact
Même à ce stade informel, notez la date ainsi que le contenu de tous les échanges que ce soit par un SMS ou par un mail. Ajoutez une note rapide à votre tableau de suivi. Si la situation dégénère dans six semaines, toutes les dates sont importantes. La procédure d'expulsion et les recours devant le juge des contentieux de la protection reposent sur la chronologie que vous avez construite.
J+8 à J+15 : le courrier écrit est le premier acte formel
Si aucune réponse n'est arrivée après votre contact informel ou si le locataire a promis de payer sans le faire, passez à l'écrit. À ce stade, un mail avec un accusé de lecture ou un courrier simple suffit.
Le courrier doit mentionner trois éléments, le ton doit être formel, sans jugement ni menace :
• Le montant dû.
• La date d'échéance contractuelle prévue dans le bail de location.
• Un délai raisonnable pour régulariser, généralement 8 jours.
Le locataire qui ne paie pas n'est pas forcément de mauvaise foi. Une perte d'emploi, une séparation, un nouveau calcul des APL par la CAF sont des situations fréquentes qui précèdent les impayés. Un courrier qui laisse la porte ouverte au dialogue obtient de meilleurs résultats qu'une mise en demeure prématurée.
J+15 : la mise en demeure avec une lettre recommandée
Si le délai de relance est écoulé sans paiement ni réponse sérieuse, envoyez une lettre de mise en demeure de payer par lettre recommandée avec un accusé de réception (LRAR). Il s'agit de votre première pièce juridique.
Elle doit contenir :
• Le montant exact de la dette, le loyer et les charges locatives compris.
• La référence au contrat de bail et à la date d'échéance contractuelle.
• Un délai de règlement de 8 à 15 jours.
• La mention que l'absence de réponse vous conduira à engager une procédure.
La mise en demeure ne rompt pas la relation locative. Elle représente votre première pièce juridique et formalise la date à partir de laquelle le locataire est officiellement en défaut.
La proposition de plan d'apurement, l'outil le plus sous-estimé
Si le locataire répond à votre relance en expliquant une difficulté passagère, ne fermez pas la porte. Un plan d'apurement est un accord écrit entre vous et votre locataire qui organise le remboursement de la dette en plusieurs versements tout en maintenant le paiement du loyer courant.
Le document doit mentionner :
• Le montant total de la dette au jour de l'accord.
• Les montants et les dates précises des versements de remboursement.
• Une clause prévoyant qu'en cas de non-respect de l'échéancier, l'intégralité de la dette redevient immédiatement exigible.
• La signature des deux parties.
Un plan d'apurement respecté évite des mois de procédure judiciaire et préserve une relation locative qui, sans cela, se terminerait devant un tribunal.
Voici ce que vous ne pouvez pas faire sous peine de sanctions pénales
La frustration d'un propriétaire bailleur face à un retard répété peut conduire à des réactions contre-productives. La loi est très claire sur ce que vous n'avez pas le droit de faire, quelles que soient les circonstances.
• Vous ne pouvez pas couper l'électricité, l'eau ou le chauffage pour pousser le locataire à partir ou à payer.
• Vous ne pouvez pas changer les serrures, pénétrer dans le logement sans autorisation, ni envoyer des messages répétés à caractère intimidant.
Ces actes constituent des infractions pénales, passibles de 3 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende au titre du délit de violation de domicile et de harcèlement. Un tribunal est également en mesure de vous condamner à verser des dommages et intérêts au locataire, même si ce dernier était lui-même en défaut de paiement.
J+30 : le commandement de payer est le dernier signal avant la procédure judiciaire
Si la mise en demeure est restée sans effet et qu'aucun plan d'apurement n'a été conclu, il est temps de mandater un commissaire de justice pour délivrer un commandement de payer. Son coût oscille entre 60 et 150 €, les frais sont récupérables sur le locataire en cas de condamnation.
Le commandement de payer ouvre un délai de 6 semaines au locataire pour régler l'intégralité de la dette. Ce délai est fixé par la loi Kasbarian-Bergé, réduit par rapport aux 2 mois qui s'appliquaient avant. Si la dette n'est pas réglée à l'issue de ces 6 semaines, la clause résolutoire inscrite dans le bail de location est réputée acquise et vous pouvez saisir le juge des contentieux de la protection pour faire constater la résiliation du bail et obtenir l'expulsion.
L'obligation de signalement à la CAF
Si votre locataire perçoit des aides au logement (APL, ALF ou ALS) versées directement par la CAF, l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 vous oblige à signaler l'impayé à la CAF dans un délai de deux mois suivant son constat. Ce signalement déclenche une procédure d'accompagnement social et peut permettre à la CAF de maintenir les versements pour solder la dette directement auprès de vous. C'est à la fois une obligation légale et, souvent, le moyen le plus rapide de récupérer les sommes dues.
À partir du 1er janvier 2027, un impayé de loyer sera légalement constitué dès que la dette dépasse 450 € ou que le retard atteint 3 mois consécutifs, ce qui facilitera le déclenchement du signalement à la CAF.
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