GLI ou caution : quelle garantie contre les loyers impayés choisir en 2026 ?
Face au risque d'impayé, le bailleur dispose de deux protections principales : la garantie loyers impayés (GLI), une assurance souscrite auprès d'un assureur, et la caution, une personne physique ou morale qui s'engage à payer à la place du locataire défaillant. Ces deux dispositifs ne se valent pas, ne coûtent pas la même chose, et surtout ne peuvent en principe pas être cumulés. Choisir la mauvaise garantie, ou mal la mettre en place, peut laisser le bailleur sans aucun recours effectif le jour où le loyer cesse de tomber. Ce guide compare point par point la GLI et la caution du point de vue du propriétaire bailleur, avec les règles applicables en 2026.
Qu'est-ce que la garantie loyers impayés (GLI) ?
Une assurance privée qui couvre bien plus que le loyer
La GLI est un contrat d'assurance souscrit par le bailleur (ou par son administrateur de biens) auprès d'une compagnie privée. En cas de défaillance du locataire, l'assureur indemnise le bailleur des loyers et charges impayés, généralement dès le premier ou le deuxième mois d'impayé, après une éventuelle franchise.
La plupart des contrats couvrent également les dégradations locatives (souvent plafonnées entre 7 000 € et 10 000 €), les frais de contentieux (huissier, avocat, procédure d'expulsion) et parfois le départ prématuré du locataire ou la vacance qui suit une expulsion. C'est un point décisif : une procédure d'expulsion complète coûte fréquemment plusieurs milliers d'euros et dure de 18 à 24 mois — des frais que la caution ne prend jamais en charge spontanément.
Le coût d'une GLI se situe généralement entre 2 % et 4,5 % du loyer annuel charges comprises. Pour un loyer de 800 € charges comprises, comptez donc entre 190 € et 430 € par an environ, selon l'étendue des garanties et les franchises.
Des conditions d'éligibilité strictes imposées au locataire
La contrepartie de cette protection est que l'assureur impose ses propres critères de sélection du locataire. La règle la plus courante est un taux d'effort maximal d'environ 33 % à 37 % : le loyer charges comprises ne doit pas dépasser un tiers des revenus nets du locataire. Les assureurs exigent en outre une situation professionnelle stable (CDI hors période d'essai le plus souvent, ou garanties renforcées pour les CDD, intérimaires et indépendants).
Attention : si le bailleur accepte un locataire qui ne remplissait pas les critères du contrat au moment de la signature du bail, l'assureur pourra refuser d'indemniser le sinistre. La constitution rigoureuse du dossier locataire (et sa conservation) est donc une condition de l'efficacité réelle de la GLI. Le bailleur doit garder les pièces justificatives d'origine pendant toute la durée de la location.
Comment fonctionne la caution pour un bailleur ?
Caution simple ou caution solidaire : une différence essentielle
La caution est régie par les articles 2288 et suivants du Code civil, réformés par l'ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021, en vigueur depuis le 1er janvier 2022. Avec une caution simple, le bailleur doit d'abord poursuivre le locataire (bénéfice de discussion) avant de pouvoir réclamer quoi que ce soit à la caution. Avec une caution solidaire, il peut réclamer les sommes dues directement à la caution dès le premier impayé, sans avoir à poursuivre préalablement le locataire.
En pratique, la quasi-totalité des bailleurs exigent une caution solidaire — c'est la seule qui offre une protection réactive. La mention de la solidarité doit figurer expressément dans l'acte de cautionnement, faute de quoi la caution sera réputée simple.
Un formalisme allégé mais toujours piégeux
Depuis la réforme de 2022, l'exigence de mention manuscrite intégrale a été assouplie : l'article 2297 du Code civil impose que la caution appose elle-même une mention exprimant qu'elle s'engage en qualité de caution à payer au créancier ce que lui doit le débiteur, dans la limite d'un montant en principal et accessoires exprimé en toutes lettres et en chiffres. L'article 22-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 encadre par ailleurs le cautionnement en matière de bail d'habitation : le bailleur doit notamment remettre à la caution un exemplaire du contrat de location.
Un acte de cautionnement mal rédigé est nul : la sanction est radicale et la jurisprudence abonde de bailleurs ayant perdu tout recours contre la caution pour un défaut de formalisme. Autre piège fréquent : un cautionnement à durée indéterminée peut être résilié unilatéralement par la caution, qui reste alors tenue seulement jusqu'à la fin du bail en cours. Il est donc recommandé de prévoir un engagement à durée déterminée couvrant le bail initial et un nombre défini de renouvellements.
L'obligation d'information de la caution : un délai à ne pas manquer
L'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 impose au bailleur de signifier à la caution le commandement de payer dans les 15 jours de sa signification au locataire. À défaut, la caution ne peut être tenue au paiement des pénalités et intérêts de retard échus entre le commandement et la signification tardive. Plus largement, informer la caution dès le premier incident de paiement est une bonne pratique : elle peut faire pression sur le locataire et régulariser rapidement.
GLI et caution : pourquoi le cumul est interdit
La règle de non-cumul de l'article 22-1
L'article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989 pose une règle que beaucoup de bailleurs ignorent : le cautionnement ne peut pas être demandé par un bailleur qui a souscrit une assurance garantissant les obligations locatives du locataire (ou toute autre forme de garantie équivalente), sauf si le locataire est étudiant ou apprenti. Un bailleur qui cumule GLI et caution hors de ce cas s'expose à la nullité du cautionnement — et l'assureur pourrait de son côté contester la garantie.
Concrètement, le bailleur doit donc choisir : soit il assure le risque (GLI), soit il le fait porter par un garant (caution). La seule exception notable, outre les étudiants et apprentis, est la garantie Visale d'Action Logement, qui est elle-même un cautionnement gratuit accordé par un organisme et non une assurance souscrite par le bailleur.
Visale : la troisième voie gratuite
La garantie Visale couvre gratuitement les impayés de loyers et charges (dans certaines limites de loyer) ainsi que les dégradations locatives, pour des publics ciblés : jeunes de moins de 31 ans, salariés nouvellement embauchés ou en mobilité, ménages éligibles au bail mobilité, notamment. Le locataire obtient son visa en ligne avant la signature du bail et le bailleur valide le contrat de cautionnement sur la plateforme.
Pour un bailleur qui loue à un étudiant ou à un jeune actif, Visale offre une protection sérieuse à coût nul — avec toutefois des plafonds de loyer et une gestion des sinistres parfois jugée plus administrative que celle d'un assureur privé. Les conditions précises d'éligibilité évoluant régulièrement, il convient de les vérifier sur le site de Visale au moment de la mise en location.
Quel est le coût réel de chaque solution ?
Le coût de la GLI est déductible en régime réel
Pour un bailleur imposé au régime réel des revenus fonciers, les primes d'assurance GLI sont intégralement déductibles des revenus fonciers en application de l'article 31 du Code général des impôts. Pour un contribuable dont le taux marginal d'imposition est de 30 % (auquel s'ajoutent 17,2 % de prélèvements sociaux), une prime de 300 € par an ne coûte réellement qu'environ 158 € après économie d'impôt.
En location meublée au régime réel (LMNP), la prime constitue de la même façon une charge déductible du résultat. Seuls les bailleurs au micro-foncier ou au micro-BIC ne peuvent pas la déduire spécifiquement, l'abattement forfaitaire étant réputé couvrir toutes les charges.
La caution est gratuite… jusqu'au jour du sinistre
La caution ne coûte rien au bailleur tant que tout va bien. Mais en cas d'impayé durable, sa valeur dépend entièrement de la solvabilité réelle du garant au jour du sinistre — laquelle a pu se dégrader depuis la signature. Recouvrer les sommes contre une caution récalcitrante suppose en outre d'engager soi-même les procédures (mise en demeure, injonction de payer, assignation), avec les frais et délais correspondants.
Un calcul simple illustre l'enjeu : sur un impayé de 18 mois à 800 €, soit 14 400 €, la GLI indemnise le bailleur au fil de l'eau et prend en charge la procédure ; avec une caution, le bailleur doit avancer les frais de contentieux (souvent 2 000 € à 4 000 €) et espérer que le garant soit solvable au terme de la procédure.
Les erreurs fréquentes des bailleurs et comment les éviter
Négliger la constitution du dossier locataire
Que l'on choisisse la GLI ou la caution, la sélection du locataire reste la première protection. Le bailleur doit se limiter aux pièces autorisées par le décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015 (liste limitative des documents exigibles du candidat locataire et de sa caution) — demander un document interdit expose à une amende administrative — mais il doit exploiter pleinement les pièces autorisées : avis d'imposition, bulletins de salaire, contrat de travail, justificatifs de domicile.
Pour la GLI, conservez le dossier complet d'origine : c'est lui que l'assureur examinera avant d'indemniser. Pour la caution, exigez du garant les mêmes justificatifs de solvabilité que du locataire.
Attendre pour déclarer le sinistre ou actionner la garantie
Les contrats GLI imposent des délais de déclaration du sinistre (souvent entre 30 et 90 jours après le premier impayé non régularisé) et une procédure précise (lettre de relance, mise en demeure types). Un bailleur qui laisse filer trois ou quatre mois d'impayés avant de déclarer risque une déchéance partielle de garantie. Côté caution, le délai de 15 jours de l'article 24 pour signifier le commandement de payer est tout aussi impératif.
Dans les deux cas, la règle d'or est la même : réagir dès le premier loyer manquant, par écrit, en gardant la trace de chaque relance. Nous détaillons cette procédure graduée dans notre guide consacré à la relance du locataire en retard de paiement.
Ce qu'il faut retenir
La GLI et la caution répondent à deux logiques différentes. La GLI transforme un risque imprévisible en coût certain et déductible : elle s'impose pour les bailleurs qui veulent une sécurité maximale, notamment sur des loyers élevés ou lorsqu'ils dépendent du loyer pour rembourser un crédit. La caution solidaire reste pertinente lorsque le locataire dispose d'un garant très solvable, et elle demeure la seule option cumulable avec le statut d'étudiant ou d'apprenti ; Visale constitue quant à elle une alternative gratuite et crédible pour les jeunes locataires.
Dans tous les cas, la garantie ne vaut que par la rigueur de sa mise en place : critères d'éligibilité respectés pour la GLI, formalisme de l'acte de cautionnement pour la caution, réactivité dès le premier impayé pour les deux. Un bailleur qui verrouille ces trois points a déjà éliminé l'essentiel du risque locatif. En cas de doute sur la rédaction d'un acte de cautionnement ou l'étendue d'un contrat GLI, l'avis d'un professionnel du droit reste un investissement modeste au regard des sommes en jeu.
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