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Décès du locataire ou abandon : que devient le bail ?

Publié le 22/07/2026 par Richard Coudraie (dernière mise à jour: 21 août 2026 10h 41min 34s)

Décès du locataire ou abandon du logement : que devient le bail et comment le bailleur récupère son bien ?

Un loyer qui cesse de tomber, un logement silencieux, une boîte aux lettres qui déborde : le bailleur confronté au décès de son locataire ou à un abandon du logement se retrouve dans une zone grise angoissante. Peut-il reprendre les lieux ? Que faire des meubles ? Qui paie les loyers échus ? La tentation de récupérer le bien par ses propres moyens est grande — et juridiquement désastreuse. La loi du 6 juillet 1989 organise précisément ces deux situations, avec l'article 14 pour le décès et l'article 14-1 pour l'abandon. Voici la marche à suivre, étape par étape, pour sécuriser la reprise du logement sans commettre de faute.

Le décès du locataire : transfert du bail ou résiliation de plein droit

Les bénéficiaires du transfert prévus par l'article 14

En location vide à usage de résidence principale, l'article 14 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 prévoit qu'au décès du locataire, le contrat de location est transféré à certains proches qui vivaient avec lui : le conjoint survivant (qui bénéficie en outre de la cotitularité de l'article 1751 du code civil), le partenaire de PACS, les descendants, ascendants, le concubin notoire ou les personnes à charge, à condition pour ces derniers de vivre dans le logement depuis au moins un an à la date du décès.

Le transfert n'est pas une simple faculté de reprise du bail : le bénéficiaire devient locataire aux conditions du bail en cours — même loyer, même durée restante. Le bailleur ne peut ni s'y opposer si les conditions sont remplies, ni profiter de l'occasion pour réviser le loyer. En cas de pluralité de candidats au transfert, c'est le juge qui départage en fonction des intérêts en présence.

Le bailleur est en droit de demander les justificatifs : acte de décès, preuve de la vie commune (quittances, avis d'imposition à l'adresse, attestations). Un occupant qui ne remplit pas les conditions du transfert est un occupant sans droit ni titre, dont le départ relève, à défaut d'accord, d'une procédure d'expulsion.

Sans bénéficiaire : une résiliation de plein droit, mais une reprise encadrée

Lorsque personne ne peut revendiquer le transfert, l'article 14 prévoit que le bail est résilié de plein droit par le décès : les héritiers ne deviennent pas locataires et ne doivent pas de préavis. Les loyers et charges restent dus jusqu'au décès et constituent une dette de la succession, que le bailleur déclare auprès du notaire chargé du règlement successoral. Le dépôt de garantie, lui, sera restitué à la succession après les déductions justifiées habituelles.

En location meublée, le régime est différent : le transfert de l'article 14 ne joue pas de la même manière et l'on retombe sur le droit commun de l'article 1742 du code civil, selon lequel le bail n'est pas résolu par la mort du preneur : il se poursuit en principe avec les héritiers, qui peuvent y mettre fin en donnant congé. Beaucoup de baux meublés contiennent toutefois une clause prévoyant la résiliation au décès du locataire, licite en meublé. En pratique, un dialogue rapide avec les héritiers ou le notaire permet généralement de solder la situation à l'amiable.

Même après résiliation de plein droit, le bailleur ne peut pas vider le logement de son propre chef : les meubles appartiennent à la succession. Il faut obtenir des héritiers la reprise des biens et la remise des clés, formalisées par écrit ; si la succession est vacante ou les héritiers introuvables ou taisants, le bailleur devra passer par une procédure judiciaire, le cas échéant en sollicitant la désignation du service des Domaines pour les successions vacantes.

L'abandon du logement : la procédure spéciale de l'article 14-1

Caractériser l'abandon : les indices qui doivent alerter

L'abandon de logement — le locataire « parti à la cloche de bois » — se caractérise par un départ définitif et non équivoque sans congé régulier : courrier accumulé, compteurs à zéro, témoignages de voisins, mobilier déménagé, loyers impayés. Attention à ne pas confondre avec une simple absence prolongée : une hospitalisation, un déplacement professionnel ou une incarcération ne sont pas des abandons, et le locataire absent qui paie son loyer reste chez lui.

Face à un faisceau d'indices, le bailleur ne doit jamais reprendre les lieux de sa propre autorité : changer la serrure d'un logement dont le bail court exposerait le bailleur à des sanctions, la voie de fait pouvant être constitutive du délit de violation de domicile et ouvrir droit à des dommages-intérêts. La loi offre précisément une procédure rapide et sécurisée pour ce cas de figure.

La mise en demeure et le constat d'abandon par commissaire de justice

Issue de la loi n° 2010-1609 du 22 décembre 2010 et précisée par le décret n° 2011-945 du 10 août 2011, la procédure de l'article 14-1 de la loi de 1989 se déroule en trois temps. Premier temps : le bailleur fait signifier au locataire, par commissaire de justice, une mise en demeure de justifier qu'il occupe le logement. Cette mise en demeure peut être contenue dans un commandement de payer si des loyers sont impayés.

Deuxième temps : si la mise en demeure reste sans réponse pendant un mois, le commissaire de justice peut pénétrer dans le logement — accompagné dans les formes requises (autorité de police ou témoins) — pour dresser un procès-verbal constatant l'état d'abandon. Ce PV comporte l'inventaire des meubles laissés sur place, avec l'indication qu'ils paraissent ou non avoir une valeur marchande.

Troisième temps : muni du constat, le bailleur saisit le juge des contentieux de la protection par simple requête afin de faire constater la résiliation du bail. Le juge statue sans audience ; s'il fait droit à la demande, son ordonnance constate la résiliation, autorise la reprise des lieux et statue sur le sort des meubles ainsi que sur les sommes dues par le locataire. Une fois l'ordonnance signifiée et définitive, le bailleur récupère légalement son logement — sans passer par une procédure d'expulsion classique, ni attendre la trêve hivernale, laquelle ne protège pas un logement abandonné.

Le sort des meubles, du dépôt de garantie et des dettes locatives

Les meubles laissés sur place

Dans la procédure d'abandon, c'est l'ordonnance du juge qui règle le sort du mobilier inventórié : les biens de valeur peuvent être vendus aux enchères, le produit venant en déduction des dettes locatives, et les biens sans valeur marchande sont réputés abandonnés à l'issue du délai fixé. Le bailleur ne doit ni jeter ni s'approprier les meubles avant que la décision ne l'y autorise : l'inventaire du commissaire de justice fait foi, et toute disparition non justifiée pourrait lui être reprochée.

En cas de décès, la logique est parallèle mais successorale : les meubles appartiennent aux héritiers, et leur enlèvement se négocie avec eux ou avec le notaire. Un écrit daté et signé constatant la reprise des biens et la restitution des clés protège le bailleur de toute réclamation ultérieure.

Récupérer les sommes dues

Les loyers, charges et réparations locatives impayés constituent une créance du bailleur : contre la succession en cas de décès (déclaration de créance auprès du notaire, action contre les héritiers acceptants), contre le locataire parti en cas d'abandon (l'ordonnance du juge liquide généralement les sommes dues, qui pourront être recouvrées par commissaire de justice si le débiteur est retrouvé).

C'est ici que les garanties souscrites en amont révèlent leur valeur : une caution solidaire reste tenue des dettes nées pendant le bail, et une assurance loyers impayés couvre selon les contrats les loyers jusqu'à la résiliation, les dégradations et les frais de procédure — y compris, pour la plupart des contrats, dans les hypothèses de décès sans héritier solvable ou de départ furtif. Le dépôt de garantie, enfin, s'impute sur les sommes justifiées (état des lieux de sortie ou constat à l'appui), le solde éventuel étant restitué à la succession ou au locataire.

Les erreurs à ne jamais commettre

Reprendre les lieux sans titre : la voie de fait

L'erreur capitale, dans les deux situations, est la reprise sauvage du logement : serrure changée, affaires entreposées à la cave, logement reloué dans la foulée. Tant que le bail n'est pas régulièrement résilié et la reprise autorisée (accord écrit des héritiers, ordonnance du juge), le bailleur qui agit seul commet une voie de fait, s'expose à des dommages-intérêts et, dans certains cas, à des poursuites pénales. Le coût de la procédure régulière — quelques centaines d'euros d'actes de commissaire de justice — est sans commune mesure avec celui d'un contentieux pour reprise irrégulière.

Deuxième erreur fréquente : rester passif. Chaque mois d'attente est un mois de loyer perdu et de dégradation potentielle du bien. Dès les premiers indices sérieux (deux loyers impayés consécutifs et logement manifestement vide, par exemple), la mise en demeure de l'article 14-1 doit partir : la procédure complète prend en pratique de trois à six mois, là où une expulsion classique en prend douze à vingt-quatre.

Négliger la prévention contractuelle

Ces situations rappellent l'importance de quelques réflexes en amont : conserver les coordonnées d'un proche à contacter (renseignées à la signature du bail), exiger une attestation d'assurance annuelle — son interruption est souvent le premier signal d'un départ ou d'une difficulté —, visiter le logement dans les conditions prévues au bail, et documenter chaque échange. Un bailleur qui connaît ses locataires et suit sa gestion détecte un abandon en semaines, pas en trimestres.

Pour les baux meublés, une clause de résiliation en cas de décès évite de se retrouver lié à des héritiers lointains ; pour tous les baux, un dossier locataire complet (identité, garants, contacts) facilite considérablement les démarches auprès du notaire ou du juge le moment venu.

Ce qu'il faut retenir

Au décès du locataire, le bail d'un logement loué vide est soit transféré aux proches remplissant les conditions de l'article 14 de la loi du 6 juillet 1989 — aux conditions du bail en cours —, soit résilié de plein droit s'il n'y a aucun bénéficiaire, les dettes locatives passant alors à la succession. En meublé, le bail se poursuit en principe avec les héritiers sauf clause contraire, d'où l'intérêt d'une rédaction soignée du contrat.

En cas d'abandon du logement, l'article 14-1 offre au bailleur une procédure accélérée : mise en demeure par commissaire de justice, constat d'abandon après un mois de silence, puis requête au juge des contentieux de la protection qui constate la résiliation et règle le sort des meubles. À aucun moment le bailleur ne doit reprendre les lieux de sa propre initiative : la voie de fait coûte toujours plus cher que la procédure.

Dans les deux hypothèses, la méthode gagnante tient en trois mots : réactivité, formalisme, preuves. Agir dès les premiers signaux, passer par les actes réguliers, tout documenter — et s'appuyer sur ses garanties (caution, GLI, dépôt de garantie) pour limiter la perte financière. En cas de situation successorale complexe, l'accompagnement d'un professionnel du droit reste le meilleur réflexe.



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Publié le 22/07/2026 (dernière mise à jour: 21 août 2026 10h 41min 34s)

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