Le dossier que vous avez reçu semble impeccable, les revenus sont stables, il y a un CDI et trois fiches de paie. Pourtant, votre regard est attiré par un détail. La mise en page est légèrement décalée, un chiffre ne s'aligne pas tout à fait ou alors vous n'arrivez pas à trouver sur Internet l'employeur.
En 2026, les fraudes pour les dossiers de location ont atteint un niveau de sophistication inédit. Les logiciels d'édition de PDF et les outils d'intelligence artificielle permettent de générer des fiches de paie ou des avis d'imposition visuellement convaincants en quelques minutes.
Toutefois, la vérification demande autant de temps. Voici les réflexes à adopter en respectant la loi du 6 juillet 1989 et le décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015.
Quelles sont les pièces que vous pouvez demander pour le dossier locataire ?
L'article 22-2 de la loi du 6 juillet 1989 dresse la liste des pièces que vous pouvez légalement réclamer à un candidat locataire. Cette liste a été précisée par le décret du 5 novembre 2015 et n'a pas évolué depuis.
Vous pouvez demander :
• Une pièce d'identité en cours de validité (carte nationale d'identité, passeport, titre de séjour).
• Un justificatif du domicile actuel.
• Un document qui atteste de la situation professionnelle (contrat de travail, attestation de l'employeur, extrait Kbis pour un indépendant).
• Les trois dernières fiches de paie ou, à défaut, le dernier avis d'imposition.
• Pour un étudiant sans revenus, la carte d'étudiant ou le certificat de scolarité.
Vous ne pouvez pas exiger les relevés du compte bancaire, la carte Vitale ou encore un extrait de casier judiciaire. Une demande illégale expose le propriétaire bailleur à une amende de 1 500 € et 3 000 € en cas de récidive. Ce rappel est primordial, car votre vérification doit porter uniquement sur les pièces que vous avez le droit de solliciter.
Les signes qui sont visibles à l'œil nu
30 secondes pour vérifier une fiche de paie
Une fiche de paie frauduleuse présente dans la plupart des cas des incohérences visuelles ou au niveau des chiffres. Les premières anomalies à repérer sont les suivantes :
• La police de caractères change d'une ligne à l'autre, notamment sur le montant du salaire net.
• Le total des cotisations sociales ne correspond pas au brut déclaré (les taux sont publics et vérifiables).
• Le numéro de SIRET de l'employeur est absent, incomplet ou le nombre de chiffres n'est pas le bon (un SIRET comprend exactement 14 chiffres).
• La période de paie et les congés payés sont incohérents par rapport à la date d'entrée dans l'entreprise.
Une fiche de paie authentique porte toujours le numéro de SIRET de l'employeur. Il s'agit du premier point à contrôler.
Les vérifications pour un avis d'imposition
L'avis d'imposition est le document le plus facile à vérifier et pourtant le moins contrôlé. Depuis plusieurs années, le site impots.gouv.fr propose un service de vérification en ligne totalement gratuit. Il vous suffit de renseigner le numéro fiscal du déclarant et la référence de l'avis pour confirmer instantanément l'authenticité du document et le revenu fiscal de référence mentionné.
Si le candidat vous transmet un avis dont les numéros ne correspondent à rien dans le système ou si la vérification affiche un revenu différent de celui indiqué sur le document, vous savez qu'il s'agit d'un document frauduleux.
Les vérifications en ligne qui prennent moins de 3 minutes
L'employeur existe-t-il vraiment ?
Un employeur dispose d'un numéro SIRET enregistré auprès de l'INSEE. Rendez-vous sur annuaire-entreprises.data.gouv.fr, le registre officiel des sociétés et entrez le numéro SIRET ou la raison sociale qui figure sur la fiche de paie.
Trois situations sont possibles :
1. L'entreprise existe et est en activité, c'est donc un bon signe.
2. L'entreprise existe, mais elle a été radiée ou elle est en liquidation. Cette donnée doit être croisée avec la date des bulletins de salaire.
3. L'entreprise n'existe tout simplement pas, le dossier est frauduleux.
Un passage rapide sur Societe.com ou Infogreffe permet en parallèle de vérifier le secteur d'activité déclaré. Un candidat qui se présente comme un responsable commercial dans une entreprise de 200 salariés dans un secteur où la société n'emploie que 2 personnes mérite une vérification complémentaire.
Le service DossierFacile, la vérification certifiée par l'État
DossierFacile est la plateforme officielle créée par le ministère du Logement pour certifier les dossiers de location. Elle analyse automatiquement les documents transmis par le candidat et signale les incohérences.
Pour le propriétaire bailleur, son utilisation est relativement simple. Vous envoyez un lien d'invitation au candidat. Ce dernier dépose ses pièces directement sur la plateforme. Elle les vérifie et vous restitue un dossier labellisé ou non. Un dossier labellisé DossierFacile ne garantit pas l'absence de fraude, mais cela certifie que les documents sont cohérents entre eux. Ils ont passé les contrôles automatisés.
En 2026, de plus en plus de bailleurs exigent un dossier de location vérifié avec DossierFacile. C'est souvent une condition préalable à une visite. Cette pratique prend de l'ampleur et décourage les candidats frauduleux.
Que faire si vous suspectez un faux dossier ?
Si des incohérences vous alertent, vous pouvez parfaitement ne pas donner suite à la candidature. La loi du 6 juillet 1989 ne vous impose pas d'expliquer votre refus. Vous n'avez aucune obligation de motiver votre décision à un candidat dont vous n'acceptez pas le dossier.
Le candidat frauduleux risque des poursuites pénales
La transmission de documents falsifiés pour obtenir un bail de location représente un délit de faux et usage de faux. Il est défini par les articles 441-1 à 441-12 du Code pénal. Les peines encourues sont de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende.
Si vous avez déjà signé un contrat de bail et que vous découvrez ensuite la fraude, vous pouvez demander la nullité du contrat devant le juge des contentieux de la protection. La jurisprudence reconnaît la tromperie comme une cause de nullité d'un contrat de location, à condition que vous apportiez la preuve.
Ne conservez pas les pièces du dossier refusé
La réglementation RGPD s'applique aux documents personnels des candidats locataires. Vous avez l'obligation de détruire les pièces transmises par les candidats que vous n'avez pas retenus, dès lors que la décision est prise.
Si vous conservez des copies de pièces d'identité ou de fiches de paie de candidats non retenus, vous vous exposez à une mise en demeure de la CNIL.
5 réflexes à adopter systématiquement pour un dossier locataire
Pour sécuriser votre sélection sans y passer une heure, voici la méthode à effectuer pour tous les dossiers de location reçus :
1. Vérifiez le numéro SIRET de l'employeur sur annuaire-entreprises.data.gouv.fr.
2. Contrôlez l'avis d'imposition directement sur impots.gouv.fr via le service en ligne.
3. Comparez les trois fiches de paie entre elles pour détecter une incohérence visuelle ou arithmétique.
4. Demandez au candidat de passer par DossierFacile avant la visite.
5. Méfiez-vous des dossiers trop parfaits : revenus exactement au seuil des 3x le loyer, documents générés le même jour, aucune variation dans les bulletins...
L'un de ces cinq points suffit souvent à identifier un dossier de location frauduleux. La rigueur reste votre meilleure protection avant la signature du bail.
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