Clauses indispensables dans un bail de location en 2026 : le guide complet du bailleur
Rédiger un bail de location en 2026, c'est naviguer entre des obligations légales toujours plus précises et des pièges que les bailleurs non avertis franchissent sans s'en rendre compte. Une clause mal rédigée peut être réputée non écrite par un tribunal. Une mention absente peut priver le propriétaire de ses droits les plus élémentaires. Et une erreur sur le contrat de base peut, dans certains cas, exposer le bailleur à des sanctions financières sévères.
Ce guide passe en revue toutes les clauses que doit contenir un bail d'habitation en 2026 — celles qui sont obligatoires sous peine de nullité, celles que la loi interdit expressément, et celles que tout bailleur avisé a intérêt à insérer pour se protéger efficacement.
Le contrat de bail type : une obligation légale depuis 2015
Un modèle imposé par décret
Depuis le décret n° 2015-587 du 29 mai 2015, les contrats de location nue à usage de résidence principale doivent obligatoirement être rédigés sur la base d'un contrat type national. Ce décret, pris en application de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 telle que modifiée par la loi ALUR, liste de façon exhaustive les mentions que doit contenir le bail.
Pour les locations meublées à usage de résidence principale, un contrat type distinct est prévu par le décret n° 2015-981 du 31 juillet 2015. Toute clause contraire au modèle réglementaire est réputée non écrite — elle n'existe pas aux yeux du juge, mais elle ne rend pas pour autant le bail nul dans sa totalité.
Ce que le contrat type impose en termes de structure
Le bail type doit obligatoirement mentionner : l'identité complète du bailleur ou de son mandataire et celle du ou des preneurs ; la date de prise d'effet et la durée du bail (3 ans pour un nu, 1 an pour un meublé, 9 mois pour un étudiant) ; la désignation précise des locaux avec surface habitable ; le montant du loyer, ses modalités de paiement et les règles de révision ; le montant du dépôt de garantie.
Un bailleur qui omet une mention obligatoire s'expose non pas à la nullité du bail, mais à l'impossibilité d'exercer certains droits. Par exemple, l'absence de clause de révision de loyer dans le contrat interdit toute augmentation annuelle, même si l'IRL a progressé.
Les mentions obligatoires incontournables en 2026
La surface habitable : une mention à ne pas négliger
Depuis la loi Boutin du 25 mars 2009 (loi n° 2009-323), tout bail de location nue à titre de résidence principale doit mentionner la surface habitable du logement. Si la surface indiquée dans le bail est inférieure de plus de 5 % à la surface réelle, le locataire peut demander une diminution proportionnelle du loyer dans un délai d'un an à compter de la signature.
Par prudence, il est fortement recommandé de faire mesurer le logement par un professionnel avant la mise en location, et de reporter cette mesure précise dans le bail.
Le loyer, le mode de paiement et la révision
Le bail doit indiquer le montant du loyer mensuel en chiffres et en lettres, le jour du mois à partir duquel il est dû, ainsi que les modalités de paiement acceptées. La clause de révision annuelle est facultative mais indispensable dans la pratique : elle doit prévoir la révision à date anniversaire du bail sur la base de la variation de l'Indice de Référence des Loyers (IRL) publié par l'INSEE. Sans cette clause, aucune révision n'est possible légalement.
En zone d'encadrement des loyers — à Paris, Bordeaux, Lyon, Montpellier, et une cinquantaine d'autres communes —, le bailleur doit mentionner dans le bail le loyer de référence et le loyer de référence majoré fixés par arrêté préfectoral. L'omission expose à une amende pouvant atteindre 5 000 € pour une personne physique et 15 000 € pour une personne morale.
Le dépôt de garantie : montant et règles de restitution
Le dépôt de garantie est plafonné : 1 mois de loyer hors charges pour une location nue, 2 mois pour un meublé. La restitution doit intervenir dans 1 mois si l'état des lieux de sortie est conforme, et 2 mois dans le cas contraire. Passé ces délais, le solde dû est majoré d'une pénalité de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard commencé.
Les annexes obligatoires : ce que trop de bailleurs oublient
Le dossier de diagnostic technique (DDT)
Le bail doit être accompagné d'un dossier de diagnostic technique (DDT) complet. En 2026, ce dossier comprend notamment le DPE (Diagnostic de Performance Énergétique) : depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G sont interdits à la location pour tout nouveau contrat. Les logements classés F le seront à partir du 1er janvier 2028. Le CREP (Constat de Risque d'Exposition au Plomb) est obligatoire pour les logements construits avant le 1er janvier 1949. Le diagnostic amiante s'applique pour les permis de construire antérieurs au 1er juillet 1997. Les diagnostics gaz et électricité concernent les installations de plus de 15 ans. L'état des risques et pollutions (ERP) est requis dans les zones délimitées par arrêté préfectoral.
L'absence du DPE ou sa non-remise au locataire engage la responsabilité civile du bailleur. Les tribunaux n'hésitent plus à accorder des dommages et intérêts au locataire qui n'a pas reçu ses diagnostics.
L'état des lieux d'entrée : annexe incontournable
L'état des lieux d'entrée, établi contradictoirement lors de la remise des clés, est régi par le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016. Sans état des lieux d'entrée, le logement est présumé avoir été remis en parfait état, ce qui prive le bailleur de tout recours sur le dépôt de garantie.
L'état des lieux doit décrire pièce par pièce l'état des sols, murs, plafonds, portes, fenêtres, équipements et installations. Il doit être signé par les deux parties ou par un huissier si l'une d'elles refuse ou fait défaut (à frais partagés).
Clauses facultatives mais hautement recommandées
La clause résolutoire
La clause résolutoire prévoit la résiliation de plein droit du bail en cas de manquement grave du locataire — notamment en cas de non-paiement du loyer. En l'absence de cette clause, le bailleur doit saisir le tribunal pour obtenir la résiliation, procédure plus longue et incertaine. Avec elle, une fois le commandement de payer délivré par huissier et le délai de deux mois expiré sans régularisation, la résiliation est acquise de plein droit.
La clause résolutoire ne peut viser que des manquements expressément prévus par l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989. Toute clause résolutoire plus large est réputée non écrite.
L'interdiction de sous-location
Par principe, le locataire ne peut ni sous-louer ni céder son bail sans l'accord exprès et écrit du bailleur (article 8 de la loi du 6 juillet 1989). Une clause qui rappelle explicitement l'interdiction de toute sous-location, y compris via des plateformes de type Airbnb, renforce la position du bailleur en cas de litige.
Les clauses prohibées : ce qui est interdit dans un bail
Les clauses réputées non écrites par la loi
L'article 4 de la loi du 6 juillet 1989 liste les clauses que le bailleur ne peut en aucun cas insérer dans le bail. Ces clauses sont réputées non écrites — elles n'ont aucun effet juridique, mais leur présence ne rend pas le bail nul.
Parmi les clauses interdites les plus courantes : la clause imposant au locataire le paiement de frais d'établissement d'un état des lieux non contradictoire ; la clause faisant supporter au locataire des charges normalement à la charge du propriétaire (taxe foncière, charges non récupérables) ; la clause prévoyant des pénalités en cas de retard de paiement du loyer ; la clause interdisant au locataire d'héberger des personnes extérieures au foyer.
Toute clause qui imposerait au locataire de souscrire une assurance auprès d'un assureur désigné par le bailleur est également prohibée.
DPE et interdictions locatives : les obligations renforcées en 2026
Le calendrier des interdictions porté par la loi Climat et Résilience du 22 août 2021 (loi n° 2021-1104) s'applique pleinement. En 2026, les logements classés G (selon le DPE réalisé après le 1er juillet 2021) ne peuvent plus faire l'objet d'un nouveau contrat de location. Pour les baux en cours signés avant le 1er janvier 2025, la prohibition s'applique au renouvellement ou à la reconduction tacite.
Depuis le 1er janvier 2022, la classe énergétique et la classe climatique doivent apparaître de façon lisible dans toute annonce de location et dans le bail. Si le DPE révèle une classification F ou G, le bailleur doit également remettre un audit énergétique (pour les maisons individuelles et logements en monopropriété) en annexe du bail.
Ce qu'il faut retenir
Rédiger un bail conforme en 2026 exige rigueur et mise à jour régulière de ses connaissances. Les obligations s'accumulent au fil des lois — ALUR, Élan, Climat et Résilience — et les bailleurs qui s'appuient sur de vieux modèles s'exposent à des risques réels. Les points les plus sensibles sont la surface habitable, le DPE et ses implications d'interdiction de location, les mentions d'encadrement des loyers en zone tendue, et les annexes obligatoires. Un bailleur prudent fait relire son modèle de bail par un professionnel du droit immobilier au moins tous les deux ans.
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